Cet été, dans "Fakir" (le journal "fâché avec tout le monde"), à la rubrique littéraire, il y avait des extraits des "Raisins de la colère". Oui, ce roman américain de Steinbeck, écrit en 1939. Foin de rentrée littéraire ou d'actualité quelconque dans "Fakir", rien sur le dernier Angot ou le best-seller de Delphine de Vigan.

Mais ces quelques extraits ont été une révélation pour moi : il fallait que je le lise.

C'est ce que je fais, en ce moment. J'en suis à un peu plus de la moitié, et pour une fois, je n'attends pas d'avoir fini pour en parler ici : les doigts me brûlent.

 

C'est donc un roman américain, qui nous raconte l'histoire d'une famille d'okies (les habitants de l'Oklahoma, mais par extension, dans la bouche des habitants de l'Ouest, "okie" devient synonyme de "plouc", "bouseux", qu'on vienne de l'Oklahoma ou de n'importe quel état du Midwest).

Les Joad sont chassés de leur maison, de leurs terres sur laquelle ils cultivaient le coton depuis trois générations, depuis que l'arrière-grand-père avait chassé au fusil les Indiens pour s'emparer de cette terre. Ils sont chassés par un tracteur, lui-même envoyé par les banques qui sont devenus propriétaires de la terre lorsque, de mauvaise récolte en mauvaise récolte, les fermiers ont été contraints d'emprunter, puis d'hypothéquer. (JE RAPPELLE QUE CE ROMAN DATE DE 1939. Pourtant le premier chapitre est le calque exact du bouquin de Paul Auster sur la crise des subprimes en 2008...)

Entassant tous leurs biens dans un camion, les Joad se mettent en route vers la Californie. Là-bas, il y a du travail pour tous, les salaires sont élevés, les orangers poussent le long des routes et on n'a qu'à tendre la main pour se régaler d'un fruit juteux.

Bien sûr, à l'arrivée, les Joad, et les centaines de milliers d'okies qui ont suivi la route 66 vers l'ouest, découvrent un pays assez loin de ce dont ils ont rêvé.

L'histoire des Joad est entrecoupée de courts chapitres, inscisifs, qui nous décrivent le système capitaliste américain, et la façon dont ce système broit l'humanité, jette les familles dans la misère, fait perdre leur humanité à ceux qui en profitent autant qu'à ceux qui en sont les victimes.

Ce sont ces chapitres qui sont comme des coups de poings; ces chapitres que je voudrais reproduire intégralement ici...

Je vais me "contenter" de quelques extraits; mais je ne peux qu'encourager vivement tout le monde à se procurer un exemplaire des "raisins de la colère", à le lire, à le lire à haute voix à tous ceux qui parlent de la "crise", des "migrants", du "marché", car tout, tout, tout ça est déjà là, chez Steinbeck, il y a 80 ans...

les raisins de la colère