J'avais entendu le titre de ce livre, fort et poétique, mais je ne savais rien de son contenu. Et puis l'auteur, Joseph Andras, dont on voit partout la même photo, pas du tout une "photo d'écrivain", bien éclairée et savamment composée, avec bibliothèque ou bureau encombré de livres, mais une photo qui parait avoir été prise juste comme ça, par un amateur, un ami peut-être, lors d'une ballade pourquoi pas, l'auteur donc, a refusé le prix Goncourt du premier roman. Refusé les 5000 euros de récompense, refusé le bandeau rouge sur la jaquette de son livre, refusé les interviews, les belles photos, les plateaux télés, la table au salon du livre. Refusé, parce que "sa conception de la littérature" n'admet ni compétition ni récompense.

Un pur, j'ai pensé. Serait-il possible qu'il en existe encore ? et pas des purs "obscurs", qui ne sont purs que parce que personne ne leur propose jamais tout ça...

 

C'est bien cette impression d'intégrité qui ressort de la lecture de son livre sur Fernand Iveton. Pas de pathos à l'excès, mais en même temps une révolte, une rage qu'on sent à chaque page, contre la police et l'armée en Algérie qui ont torturé Iveton et tant d'autres; contre la "justice" qui l'a condamné, tribunal militaire pour un civil, un communiste, avait-il la moindre chance ? Contre le président qui a refusé de le gracier, espérant "par cet exemple" et tous les autres ramener l'ordre en Algérie...

 

Un livre court, dense, à l'écriture travaillée, parfois lyrique comme j'ai pu le lire, mais jamais ampoulée ou pédante. Un livre dur, que je vous recommande chaudement, s'il croise votre chemin...

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