Je tiens d'abord à plaider non-coupable. Certes, ce quatrième (cinquième ? sixième ???) achat dans une librairie en 2016 peut sembler assez peu compatible avec ma volonté de ne pas céder aux sirènes des diverses rentrées littéraires (on en est à deux par an à présent, plus la large livraison pré-estivale de poches et de polars), et de manière générale, de laisser les livres "se décanter" pour n'acheter que ceux qui résistent assez au temps pour m'interpeller sur les rayons du bouquiniste.

Mais pour ma décharge, je ne suis pas entrée dans cette librairie en préméditant un achat pour moi : j'allais y chercher un folio à 2 euros pour offrir à un ami (oui, je fais parfois ce genre de folies, c'est mon côté dépenses somptuaires).

C'est alors que j'ai -littéralement- buté contre une pile de gros POL, estampillés d'un titre long comme le bras ("Il est avantageux d'avoir où aller") et surtout portant le nom -chéri- de Carrère sur le bandeau bleu foncé.

 

carrere

 

Allons bon.

 

Un nouveau Carrère.

 

Je n'étais pas au courant.

 

J'ai saisi un des volumes et commencé à lire le résumé qu'en proposait la quatrième de couverture. On comprend qu'il s'agit d'un recueil d'articles et de chroniques, sans fil conducteur précis : chroniques judiciaires, reportages en Russie, en Hongrie, en Roumanie, en Suisse; projets de films jamais menés à bien, préfaces de livres ou de recueils, etc...

J'hésite un instant, je n'ai généralement que peu de goût pour ce genre de choses... Et puis, la dernière phrase du résumé : "Le tout peut se lire aussi comme une sorte d'autobiographie." me fait basculer. Bien sûr, je vais l'acheter, bien sûr, je vais le lire, parce que j'aime Carrère pour ça, exactement : parce qu'il parle de lui quand il parle des autres, parce qu'il ne fait pas "semblant" d'être objectif, parce qu'il n'est jamais journaliste mais toujours éditorialiste, et si je me moque pas mal de lire un reportage sur la Roumanie quelques mois après la chute de Ceausescu, en revanche, je suis curieuse de suivre Carrère errant dans Bucarest, tachant de lire les nouvelles lignes au fur et à mesure qu'elles se dessinent...

Et donc le volume tient absolument ses promesses : quand on connait les livres de Carrère, quand on le lit depuis "L'adversaire", on suit en parallèle de chaque roman ses réflexions, ses lectures, ses voyages, ses interrogations sur l'art du roman, qu'il affirme ne pas pratiquer tout en le pratiquant...

Bien sûr, les articles que j'ai préférés sont ceux qui traitent de la Russie, de Limonov qu'on croise ici et là tout au long des années et des articles, des passages de Carrère en Russie, de ses rencontres avec des écrivains, des journalistes russes...

Mais il revient aussi sur l'affaire Romand, présente un témoignage "sur le vif" du tsunami qui deviendra la première partie de "D'autres Vies Que La Mienne"... bref, qui l'aime, le suit...