Mudwoman



Joyce Carol Oates trace son sillon, encore et toujours... Le thème central de son œuvre romanesque : la condition féminine, la femme toujours entravée, toujours aliénée

 

Mudwoman, ou M.R. Neukirchen, ou Jewell, cette femme aux identités multiples, fuyantes, incertaines, est une quintessence des héroïnes (et même d'un de ses héros) de précédents romans de Oates.

 

 

Comme la petite Norma Jean dans Blonde, comme la petite patineuse assassinée de Petite Sœur, mon Amour, Mudgirl, ou Jewell ou Jedina, la petite fille jetée dans la boue, commence son existence dans la terreur de sa mère, mère toute-puissante, mère perturbée psychiquement. Rejetée, condamnée à mort par sa propre mère, comment se construire, grandir ? En tant qu'humain ? Et de surcroît, de sexe féminin ?

 

Là où Norma Jean fait de son corps un rempart à son âme, Mudwoman, devenue M.R. Neukirchen, fait de son intelligence un rempart à son corps ; mais aucune des deux ne parvient véritablement à établir de relations « normales », équitables, équilibrées, avec d'autres, et en particulier avec les hommes.

 

M.R. Neukirchen, femme « puissante », présidente d'une université prestigieuse, femme de pouvoir, reconnue pour son intelligence, professeur de philosophie, mais colosse aux pieds d'argiles, à la psychée si fragile, ressemble à cet autre professeur, l'héroïne du Département de Musique, polar de Oates publié initialement sous pseudonyme : les deux femmes sont célibataires, les deux femmes sont si dévouées à leurs étudiants, à l'institution dans laquelle elles travaillent, que tout le reste, et d'abord les relations amoureuses, passent à la trappe.

 

En conclusion : un autre portrait de femme de Oates, parfaitement maîtrisé dans la construction, qui nous tient en haleine, distillant des révélations sur le passé de Mudwoman, sur sa personnalité, au fur et à mesure du roman... Mais j'ai été un peu déçue par la fin, peut-être parce qu'une telle montée en puissance ne pouvait pas trouver une résolution à sa hauteur, mais il me semble ici que Oates ne nous offre pas de vraie « fin », pas de conclusion, pas de réelle « réponse »... (bien sûr, contrairement à Blonde où la fin était évidente, inscrite dans le commencement, il était peut-être ici plus naturel de laisser l'histoire « en suspens », comme la vie humaine elle-même qui ne trouve jamais de « résolution » autre que la mort...)

moisamericain

(lu dans le cadre du Mois Américain)

 

 

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