Canada, de Richard Ford, fait partie des block-busters de cette rentrée littéraire... J'ai eu l'occasion de le lire, ma mère me l'ayant prêté (car je n'achète pas de livres neufs, sauf quand j'en achète, et je ne m'intéresse pas à la rentrée littéraire, sauf quand je m'y intéresse. J'ai des principes très strictes, voyez).

Je crois que le début du livre a circulé un peu partout, au cas où il vous aurait échappé, le voici : "D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard"

Évidemment, après un début d'un telle force, on est happé et on ne peut tout simplement pas ne pas lire la suite !!

Mais je dois dire que la suite ne tient pas les promesses de cet incipit, même si, effectivement, l'auteur nous raconte le hold-up qu'ont commis ses parents, en détail, avec sa préparation, et ce qui, selon lui, les a amenés là, et avec évidemment ses conséquences, pour toute sa famille, qui sera brisée par ce hold-up.

Le romand est en deux parties : la première nous plonge vers 1960 dans le quotidien de la famille Parsons, avec le père, Bev, séduisant ex-militaire de l'armée de l'air, un peu raté, compensant ses petitesses par un beau sourire et de belles paroles; la mère, Neeva, issue d'un milieu intellectuel, juif, qui se destinait à une carrière universitaire ou littéraire, mais qui, étant tombée enceinte de ses jumeaux lors de sa première rencontre avec Bev, se considère comme ayant raté sa vie. Institutrice, elle suit son militaire de mari de base aérienne en base aérienne, à travers tout le pays, sans jamais être satisfaite de sa vie, du lieu où elle habite, mais sans jamais non plus en tirer les conséquences qui s'imposeraient, sans jamais partir.

Les jumeaux, donc, Dell, le narrateur, et sa sœur : comme tous les enfants d'un couple mal assortis, essayant d'être loyaux à leurs deux parents, de ne pas pointer devant l'un les faiblesses de l'autre, le défendant même, tout en sentant que l'autre a raison...

Cette partie, avec sa galerie de personnages, sa peinture de l'homme faible qui, d'une décision épouvantable (celle de braquer une banque) va briser la vie de sa famille, est intéressante, mais probablement trop longue en regard de ce qui suit, et de l'épilogue...

La deuxième partie (aussi longue que la première, ou à peine moins) explique le titre du livre : Dell, âgé de quinze ans, dont les parents sont donc en prison, est emmené au Canada par une amie de sa mère, qui souhaite le voir échapper aux services de la protection de l'enfance des USA. Il découvre la Prairie canadienne, ses espaces infinis, ses routes et ses voies de chemin de fer rectilignes, ses villes fantômes, à demi ou complètement abandonnées, en marge de la prospérité... Confié à un homme qui le fascine, plus ou moins livré à lui-même, il aspire, plus que tout, à une vie "normale". Cette deuxième partie est en fait plus intéressante, plus riche, le paysage m'a fascinée (j'ai une grande attirance pour la Prairie, les grandes plaines du centre du continent américain...), les péripéties, moins annoncées, m'ont davantage tenue en haleine que ce braquage minable à l'issue prévisible.

Malgré tout, et malgré le bref épilogue où on retrouve Dell à l'aube de la retraite, où il se retourne sur le dessin de sa vie pour tenter d'en trouver le sens, j'ai trouvé ce livre mal équilibré, décousu.

Certes, le hold-up est le tournant de la vie du narrateur, celui qui le conduit au Canada où il va devenir adulte, et vivre des évènements qui le marqueront à jamais, mais je m'interroge sur la pertinence de ces 300 premières pages autour du hol-up. En même temps, c'est intéressant de voir d'où il vient, de comprendre qui il était, dans quelle famille il a grandit, pour comprendre sa vision du monde... Mais encore une fois j'ai eu l'impression que le livre ne commençait vraiment qu'à la deuxième partie.

Inversement, j'ai entendu des critiques dire que la première partie les avait passionnés, mais que la deuxième leur avait parue ennuyeuse. Il y a donc, visiblement, deux livres en un dans ce romans, et je pense que les deux ne plaisent pas nécessairement aux mêmes lecteurs...

 

Quoi qu'il en soit, et malgré ces réserves sur la construction du roman, j'en retiens un certain plaisir de lecture; Richard Ford en bon romancier américain sait tenir son lecteur, il a l'art de raconter des histoires... Mais pour moi, "le" grand roman américain que j'ai lu cette année c'est Freedom de J. Franzen (paru en 2011 je crois ?). Là encore, une famille américaine moyenne, les parents, les deux enfants... Mais le souffle de Franzen qui nous entraine dans le passé et dans le présent sans nous lâcher une seconde, sans nous laisser reprendre nos esprits, manque un peu à Richard Ford je trouve...

 

(lu dans le cadre du challenge américain)

Source: Externe