Un autre roman de Joyce Carol Oates, l'auteur américain que j'aurai le plus lu ces deux dernières années; pressentie pour le Nobel, cette année encore... Et cette année encore, écartée...

Il s'agit d'un épais roman (820 et quelques pages), paru en 1992... Certainement pas un des plus marquants de son auteur, mais un excellent roman, si les romans sont bons par leurs personnages.

Le personnage principal est donc ce Corky, celui qui donne son nom au roman. Un homme d'une quarantaine d'années qui vit à Union City,ville imaginaire de l'état de New York. Homme d'affaire ayant réussi, il est le fils d'un irlandais assassiné pour de sombres histoires politiques et syndicales...

Le dense roman retrace trois journées de la vie de Corky; trois journées pendant lesquelles toute sa vie semble sur le point de basculer.

Sa maîtresse, Christina; sa belle-fille instable, Thalia; ses affaires mal menées; son engagement politique auprès d'hommes qui sont peut-être corrompus; son vieil oncle Sean qu'il se promet d'aller voir, dont la pensée éveille en lui un sentiment de culpabilité; toute la vie de Corky s'accélère et s'emballe.

Comme toujours dans les romans de Oates, la personnalité de Corky est déterminée par ses origines : son père est issu d'Irish Hill, un quartier populaire peuplé d'Irlandais... Et dans son enfance, Corky entend son père dire que pour les Wasps d'Union City, les irlandais d'Irish Hill ne sont que de la "merde sur leurs chaussures". La volonté de sortir de ce quartier, de s'élever socialement, coûte la vie du père de Corky; mais ce dernier reprend à son compte le complexe d'infériorité et le désir d'ascension sociale.

 

Corky est un personnage attachant, malgré ses défauts : coureur, buveur (l'atavisme irlandais), manquant de volonté, il n'en est pas moins sincère, séduisant, vulnérable...

Comme souvent dans les romans de Oates, la narration nous plonge au cœur de sa psyché, dans ses failles, ses faiblesses... L'exploit est de nous rendre si vivant, si réel, un personnage masculin.

L'urgence, la "marche forcée" de ces trois journées est admirablement rendue par l'écriture, ce style haletant; malgré tout, et en particulier malgré la fin, qui éclaire tout le roman, la fin vers laquelle tout le roman est tendu comme un arc, j'ai trouvé ce roman "long"... À mon sens toutes les scènes ne se justifient pas, du moins, pas toutes dans leur longueur...

 

Mais une phrase de Joyce Carol Oates, dans un entretien parut dans le magasine "Books" du mois d'octobre (2013) m'éclaire sur la place de ce livre dans l'œuvre de cet auteur : "La seule chose qui compte, au final, ce sont les livres les plus forts, ceux qui restent, et qui ont peut-être besoin pour naître que beaucoup d'autres soient écrits".

Il est évident que Oates n'est pas un écrivain de l'économie de moyens; il est évident que Corky n'est pas un des livres "les plus forts", mais même en temps que livre mineur d'un auteur majeur, il vaut, je trouve, le détour...

 

moisamericain

(lu dans le cadre du Mois Américain)

 

 

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