Le dernier livre de Laura Kasischke, Esprit d'Hiver, est d'ores et déjà un "must" de cette rentrée littéraire, chroniqué partout, partout encensé. Je me suis précipitée dessus dès que j'en ai eu l'occasion, car j'ai adoré découvrir cette auteur l'été passé, avec En Un Monde Parfait, une vision peut-être prophétique de l'Amérique post-apocalyptique...

 

Mais cet Esprit d'Hiver m'a déçue. Je dois être la seule, car pour l'instant je n'en ai lu aucune critique négative...

On y retrouve un style maîtrisé, et la montée en tension, page après page, comme dans En Un Monde Parfait, mais là, la mayonnaise n'a pas pris...

L'histoire commence au matin de Noël, quand Holly se réveille après avoir dormi tard... Son mari doit sauter dans la voiture et affronter la neige pour aller chercher ses parents à l'aéroport, et Holly se retrouve seule à la maison avec Tatiana, sa fille adoptive de 16. Le blizzard empêche leurs autres invités de venir, et c'est donc un huis-clos d'une journée qui se déroule entre ces pages. La construction est parfaite, de ce point de vue là. L'ambiance glauque, angoissante dès le réveil, accentuée par la tempête qui menace à l'extérieur, aussi.

Le personnage d'Holly, cette femme qui a subi une ablation des seins, de l'utérus et des ovaires afin de se protéger d'un gène la prédisposant aux cancers du sein est également intéressant : sa mère, sa sœur sont mortes jeunes de ce cancer; son autre sœur a décidé de se suicider pour échapper à la malédiction familiale. Mais Holly a subi cette mutilation chirurgicale et elle a adopté la petite Tatty en Russie, afin de briser la chaîne mortelle qui la relie à toutes les femmes de sa famille.

C'est autour de ça que le roman est construit : Holly ne transmettra pas ses gênes défaillants à sa fille, mais sa fille n'est pas une "page blanche". Elle-même porte les gênes de l'inconnue qui était sa mère, elle-même est l'héritière de cette mère inconnue, fantasmée par Holly. Dès la première page du roman, c'est ce qui apparait comme une révélation à Holly : "Quelque chose le avait suivi depuis la Russie". Ce "quelque chose", c'est l'histoire, l'héritage de Tatiana.


En devenant stérile, Holly, qui était une poète et suivait à l'université des cours d'écriture, a également perdu la capacité d'écrire. Obsédée par des sensations, des impressions, des intuitions, elle ne pense qu'à les coucher sur le papier, perçoit à quel point cet acte lui permettrait de "voir", de comprendre, mais elle n'y parvient jamais, de toute la journée. On comprend également qu'une pseudo psychothérapie qu'elle a suivie, basée sur le refoulement, l'empêche de voir la réalité en face : afin de ne pas éprouver la souffrance et le deuil face à la mort de sa mère et de ses sœurs, face à la perte de ses seins et de ses ovaires, elle a appris à nier, à refouler cette souffrance... Et, du même coup, à nier et refouler tout ce qui, dans la réalité, lui est pénible, douloureux...

Tout cet aspect là du roman m'a plu; mais toute la partie autour de Tatiana m'a semblé à la limite du grand-guignol. Une ambiance à la Shining, à la limite... Le livre m'a également énormément fait penser au film Black Swan, pour ceux qui l'ont vu... Idem, un film porté aux nues par beaucoup mais que j'ai surtout trouvé ridicule...

La petite Tatty a donc été adoptée en Russie; et la description de l'orphelinat, de la ville de Sibérie où il se trouvait; du personnel, me fait penser à un mauvais film d'horreur. Certes, on peut imaginer que les orphelinats russes ne sont pas forcément le club med. Mais de là à y mettre des pièces "cachées", secrètes, interdites... la métaphore, l'allusion à Barbe-Bleue est un peu too much à mon goût.

Et tout au long de la journée de Noël, treize ans après son adoption, le comportement de Tatiana est dès le départ étrange, désagréable, comme irréel.

Comportement qui prend tout son sens avec le dénouement, dont évidemment je ne révèlerai rien, si ce n'est pour dire que je l'ai littéralement détesté. Il transforme à lui tout seul un huis-clos psychologique en tout à fait autre chose, en quelque chose de banal, de déjà-vu mille fois, en un livre de genre...

 

 

moisamericain

(lu dans le cadre du Challenge Américain)