FRANZEN ET KASISHKE : la fin d'un monde parfait. 

 

 

Lu donc cet été le pavé de Franzen, «Freedom », paru il y a un an ou deux de cela. Franzen nous invite dans l'intimité d'une famille américaine typique, le père, la mère, et les deux enfants. Les parents se sont rencontrés à l'université, et si l'on apprend que Patty a pendant quelques temps cherché à séduire Richard, le rockeur et meilleur ami de Walter, c'est finalement ce dernier, brave garçon, farouchement écologiste, qu'elle finira par épouser.

 

Patty, sportive universitaire de haut niveau, se jette dans son mariage et dans la maternité comme dans une compétition : elle veut être la « meilleure » épouse, la « meilleure » mère. De vieille maison à retaper en « âme » du voisinage, les débuts sont plutôt bons, jusqu'à ce que les enfants grandissent et s'éloignent du chemin tracé pour eux, confrontant leurs parents à leurs doutes, à leurs erreurs, et à leurs angoisses.

 

J'ai vraiment adoré ce bouquin, j'y ai retrouvé l'écriture jubilatoire des romanciers américains, le plaisir que j'avais eu à lire les premiers Irving, « Une prière pour Owen » ou « Le monde selon Garp », quand j'étais ado.

 

Seuls les américains ont cette énergie dans l'écriture, cette façon de dépeindre une vie qui part en vrille sans jamais se départir de leur humour, sans jamais tomber dans le marasme olivieradamesque...

 

… et les thèmes du roman, ceux qui touchent à l'écologie, qui occupe le centre de la vie de Walter, sont évidemment pour beaucoup dans mon enthousiasme. Le fameux « discours » de Walter, sa diatribe contre la société de consommation américaine, celle qu'il achève d'un « C'EST UN PUTAIN DE MONDE PARFAIT TANT QU'ON NE TIENT PAS COMPTE DES AUTRES ESPÈCES » me renvoie à ma propre vision des choses...

 

En gros, ce livre plaira sûrement à tous ceux qui ressemblent aux membres du public des différents groupes de rock de Richard Katz, le cinquième personnage du livre : « Blancs, éduqués, et débraillés », bref, les bobos. À ce sujet, j'ai adoré une des phrases du bouquin, qui m'a fait rire comme une bossue (il m'en faut pas beaucoup) : « Katz se resservi en pâtes, préparées avec des olives et un genre de salade. Oui, c'était de la roquette : il était en sécurité, de retour dans le giron des bobos ».

 

Et ce monde « parfait » dans lequel la surpopulation et la surconsommation menacent la planète, Laura Kasishke le déconstruit dans son roman «En un monde parfait ».

 

Ce bouquin, ma sœur me l'a prêté il y a plus d'un an, mais le quatrième de couverture en parle si mal qu'à tort je l'ai pris pour un bouquin un peu à l'eau de rose, genre Julie Wolkenstein. C'est pourquoi je l'avais placé dans ma valise de livres d'été... En fait c'est un roman passionnant et fascinant, très inquiétant, et en même temps plein de belles images, comme celle-ci : « On aurait dit des enfants d'avant la civilisation, d'avant la télévision et les ordinateurs, les vaccins, la restauration rapide et les avions à réaction – ou des enfants d'après ces choses, ayant entonné un chant patriotique composé il y avait si longtemps qu'elle était étonnée qu'ils en connusse les paroles. »

 

On y suit donc le destin de Jiselle, la jeune célibataire qui épouse le commandant Dorn, l'homme le plus séduisant qu'on puisse imaginer, veuf et père de trois adolescents.

 

Mais dès le début, l'histoire d'amour idyllique est nimbée d'angoisse : une épidémie sévit aux USA, tuant beaucoup de gens, y compris Britney Spears... Le gouvernement cherche à minimiser la gravité de cette épidémie, des associations organisent des lâchers de ballons blancs pour la rendre au contraire plus visible...

Petit à petit, cette épidémie va changer la face du monde, enrayant l'économie, paralysant les transports, jusqu'à ramener Jiselle et ses beaux-enfants à l'aube de l'humanité.

 

J'ai lu plusieurs romans « post-apocalyptiques », «La route » bien sûr, mais aussi celui de William Réjault, «Le chemin qui menait vers vous ». Celui de Laura Kasischke est à la fois le plus beau et le plus inquiétant, car il nous place au moment où tout bascule, au moment où le chaudron se met à bouillir, où on perçoit les premières bulles.

 

C'est l'amérique « post-freedom », je suis contente d'avoir lu ces deux livres à la suite, ils se répondent, mettent en mots mes inquiétudes...