Un nouveau roman de Joyce Carol Oates, "Fille Noire, Fille Blanche", roman assez récent (2006), l'un des plus connus de l'auteur, sans doute à cause de son titre percutant et de son synopsis : en 1975, deux jeunes filles partagent une chambre à l'université, dans une petite ville de la côte est des États-Unis : l'une est noire, l'autre blanche. Minnette, la jeune noire, mourra avant la fin de cette année universitaire, on le sait dès le préambule; et c'est Genna, la "fille blanche", qui raconte, une quinzaine d'années plus tard.

 

Mais le titre et le quatrième de couverture sont plutôt trompeurs : il ne s'agit en aucun cas pour Oates de nous livrer une chronique sociale sur la société américaine post-apartheid, et si l'on perçoit avec nuance et justesse quelques éléments décrivant les rapports entre Blancs et Noirs dans l'Amérique des années 70, ce n'est pas à mon sens le sujet du livre.

 

Ni Minnette la Noire, fille de pasteur, représentante d'une communauté sclérosée par son rapport à la religion, ni Genna la Blanche, fille de hippies militant pour les droits civiques, ne sont des archétypes. Elles sont, chacune à sa façon, des parias, des moutons noirs.
Minnette est antipathique, elle refuse de se lier, de se "conformer" pour se faire accepter. Tant par sa pratique religieuse outrancière que par ses vêtements ou son attitude fermée face à sa camarade désireuse de devenir son amie, elle reste en dehors du groupe, non tant à cause de sa couleur (l'université en question accueille d'autres filles noires qui sont, elles parfaitement à leur aise et intégrées) que par son éducation, ses idéaux, sa personnalité peut-être.

Genna porte en elle une forte culpabilité de classe : élevée par des parents gauchistes, mais dans un confort matériel en total décalage avec les valeurs qui lui sont transmise, elle est extrêmement désireuse de se lier avec Minnette. Et plus cette dernière la repousse, plus Genna multiplie les tentatives : elle ne voit de Minnette que ce qui la sépare d'elle, sa couleur, son milieu, et c'est précisément ça qui l'attire chez sa camarade.


Mais l'histoire est avant tout celle de Genna, et comme toujours chez Oates, Genna est un pur produit de sa famille, de ses ancêtres : sa grand-mère dont elle porte le prénom, figure de l'underground railroad ; sa mère, et on retrouve la figure ambigüe de la "maman-gentille - maman-méchante", comme la mère vue par Skyler dans "Petite Sœur, mon amour", ou comme la mère adorée et redoutée de Marylin, mère schizophrène, dans "Blonde"; et son père, un père idolâtré, dont elle refuse de voir les failles et les défauts...


Et c'est, finalement, l'histoire de Genna en tant que fille de son père, celle de ses relations à son père, que nous liront dans ce roman.

 

Pour conclure, et donner un avis personnel, je dirais que ce roman se lit facilement, qu'il est intéressant et nous tient en haleine, que les personnages sont nuancés et crédibles, à défaut d'être attachants; mais qu'il n'entre pas dans mon "top 3" des romans de Oates...

 

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